Le Poitou

Situation politique du Poitou au 17e siècle

l’origine de la migration poitevine

 Plusieurs de nos ancêtres se sont exilés en Nouvelle-France pour une raison bien précise : La Guerre de Cent Ans et les huit Guerres de Religion avaient ravagé et appauvri la France.

Un peu d’histoire : Après l’ère des Celtes, des Romains, des Sarrazins et des Normands qui ont occupé, pillé et incendié la région, de puissants seigneurs Poitevins participèrent à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume de Normandie. Par la suite, Guillaume VII, comte de Poitou, partira avec les armées poitevines en croisade en Palestine et en Espagne. Aliénor de Poitou sera l’héritière du comté et du duché d’Aquitaine. En 1152, elle donne le Poitou à Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre. Elle retourne cependant au Poitou qu’elle gouverne au nom de son fils Richard (futur Cœur-de-Lion) parti en croisade.

– À la mort de Richard en 1199 au siège de Chalus, c’est Aliénor qui gouverne le Poitou pour en assurer la transmission à Jean Sans Terre, roi d’Angleterre, favorisant ainsi l’implantation du Protestantisme dont le Calvinisme dans une France ultra catholique. Puis, de 1208 à 1244, c’est l’époque des Cathares ou Albigeois dans le Midi toulousain (Languedoc) et ce qui s’en suivit, les massacres des hérétiques et l’Inquisition de L’Église de Rome en France. Durant le siècle suivant, de 1337 à 1453, la France médiévale fut ravagée par la Guerre de Cent Ans qui opposa les rois de France aux rois d’Angleterre pour la possession du royaume de France. Un siècle de guerres qui se termina avec le sacre du roi Charles VII et la mort de Jeanne d’Arc.

Le Poitou ne fut pas épargné et fut cédé à l’Angleterre en 1360, puis reconquis dix ans plus tard au profit du duc de Berry. À la fin, les Anglais furent boutés hors de France. Il faut souligner qu’à cette époque plusieurs villes françaises étaient protestantes. Et ce qui devait arriver arriva : De 1562 à 1598, ce fut les Guerres de Religion, une série de huit conflits qui ont ravagé le royaume dans la seconde moitié du 16e siècle et où s’opposèrent catholiques et protestants dans de violentes persécutions dont la chasse aux Huguenots. Ces troubles religieux sont particulièrement complexes à comprendre car aux différents religieux se superposent des affrontements politiques et sociaux pour le pouvoir. La France est déchirée en deux factions qui prennent leur origine dans le courant de Réforme qui remet en cause les principes traditionnels de la religion chrétienne enseignée par l’Église de Rome. Au catholicisme traditionnel s’oppose ainsi le protestantisme réformé dont le calvinisme.

En 1559, la France comptait près de deux millions de protestants, soit de 12 à 15% de la population du royaume. Les Huguenots étaient devenus un État dans l’État. Par la chasse aux Huguenots, la France perdra une bonne partie de ses commerçants et de ses artisans, sans compter plusieurs officiers, soldats, navigateurs et marins. Les causes du conflit : L’affaiblissement du pouvoir royal ; la dispute du pouvoir et de la faveur royale entre les Montmorency, les Guise et les Bourbons ; l’ingérence des pays voisins comme l’Angleterre et l’Espagne pour affaiblir la France.

Les trois phases du conflit : 1. L’offensive protestante de 1560 à 1572, le protestantisme a le vent dans les voiles. 2. L’offensive des malcontents de 1572 à 1580, c’est l’aspect politique du conflit. 3. L’offensive catholique de 1580 à 1599, c’est la Contre-réforme ou l’obscurantisme religieux pour chasser les protestants du Royaume de France.

Bien que l’Édit de Nantes, un édit de pacification, ait mis fin au conflit en 1598, les tensions religieuses demeuraient au 17e siècle. La guerre contre le protestantisme devait reprendre en 1620. Louis XIV, particulièrement hostile au protestantisme, mettra en place une politique de persécution en 1681 afin de forcer les protestants à se convertir. Après le décès de Colbert en 1683, l’Édit de Nantes sera révoqué en 1685, provoquant ainsi l’exil de beaucoup d’Huguenots puisque le protestantisme était interdit sur le territoire français. On parle de 300,000 exilés dont plusieurs membres de la bourgeoisie. Il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour que le protestantisme retrouve totalement son droit de cité.

Le Poitou était au cœur du conflit avec la ville de La Rochelle, capitale du protestantisme français. La Rochelle était un port stratégique d’où partaient les expéditions pour le Nouveau Monde. La migration poitevine se fera en direction de l’Amérique, des Pays-Bas, des pays Baltes et de l’Afrique du Sud. C’est l’époque de la fondation de Port-Royal et de Québec en Nouvelle-France, sans oublier les treize colonies de la Nouvelle-Angleterre.
Dans une France ravagée et ruinée par les guerres et les persécutions religieuses, plusieurs familles françaises cherchaient une porte de sortie, autant les catholiques que les protestants, surtout la jeunesse française, pour un avenir meilleur. Plusieurs protestants se convertiront ou se feront très discrets afin de pouvoir émigrer en Nouvelle-France.

« Ce qu’il faut dire et que plusieurs ignorent, c’est que la plupart des tentatives pionnières d’établissement en Nouvelle-France seront confiées à des protestants français, communément appelés Huguenots, parce qu’ils avaient l’expertise navale et commerciale en ce domaine… comme Roberval, Chauvin et De Monts, tous des Huguenots ».
Michel Gaudette, historien, Le Devoir du 9.11.00

Champlain, le fondateur de Québec et ami de De Monts, était né à Brouages, une ville, protestante, et avait épousé une protestante, Hélène Boullé. Champlain atteste dans ses écrits la présence de protestants dans la colonie de Port-Royal en Acadie. Même qu’en 1610, Port-Royal fut confié à un huguenot, Jean de Biencourt de Poutrincourt. Au niveau des filles du roi, officiellement elles devaient être catholiques mais quelques protestantes parvinrent à émigrer en Nouvelle-France en se faisant très discrètes. Les troupes militaires fournirent aussi un apport de protestants à la colonie. Par exemple, on a dénombré 21 soldats du régiment de Carignan qui étaient protestants. En fait, chaque arrivée de régiments comportera son lot de protestants. Même Maisonneuve et De la Dauversière recrutèrent des protestants spécialisés pour la colonie de Montréal en 1659.

Malheureusement, les réactions antiprotestantes dans le royaume de France de Louis XIV s’étendront à la Nouvelle-France, territoire interdit aux protestants par Richelieu et ses acolytes Jésuites et Récollets. L’arrivée Mgr de Laval, en 1659, marqua une recrudescence de la lutte du clergé contre les protestants. Colbert était réaliste, officiellement les protestants n’avaient pas le droit de s’établir en Nouvelle-France, mais en pratique, on les tolèrera. De façon générale, en se privant de l’expertise des Huguenots, la France allait ainsi nourrir son ennemi juré, l’Angleterre, dans les 13 colonies d’Amérique. Des milliers d’Huguenots vont émigrer dans les 13 colonies anglaises au service du roi d’Angleterre.

« De Jacques Cartier à l’intendant Jean-Talon, la France n’aura colonisé la Nouvelle-France que d’environ 2000 colons, soit sur plus d’un siècle ! Une des causes de la faillite coloniale pourrait ici se retrouver dans l’exclusion des Huguenots français, puisque le nombre de ceux-ci colonisant les 13 colonies du sud sera supérieur au nombre de colons envoyés durant tout le Régime français. Un des premiers recensements à la suite de la Révolution américaine signalera la présence de plus de 100 000 Américains d’origine huguenote. » Michel Gaudette

La contribution des Huguenots fut donc plus importante que notre histoire a pu le prétendre lors de la découverte et de la colonisation de la Nouvelle-France.

Recherche, Yvon Marquis-Joubert